Geek Contest #6 : ni Dieu ni maître

Ma première participation au Geek Contest ! J’en frétille d’impatience ! Pour une fois que je m’autorise à parler d’autre chose que du jeu vidéo pur, ça tient presque du miracle… Et en parlant de miracle, pour un premier thème, j’ai tiré le gros lot : « Dieu et mythologie », rien que ça. Alors, il doit y en avoir, des choses à dire, non ?

Rappel : le Geek Contest, c’est un concept participatif créé par kavaliero de Piece of Geek. Chaque mois, un thème, et cinq objectifs : trouver un jeu vidéo, un film, une série, un livre, et une personne/un personnage célèbre en rapport avec ce thème. Rendez-vous sur son site pour trouver la liste des autres participants !


Un jeu vidéo : Dragon Quest

Dragon Quest, c’est tout simplement un monument du J-RPG connu dans le monde entier, comparable à Final Fantasy niveau popularité. Et qu’est-ce que ça implique ? Un univers chatoyant, des musiques enchanteresses, un scénario toujours épique… Et un bestiaire qui, tout en étant très diversifié, pioche allègrement ses designs dans les monstres qui peuplaient les légendes antiques. Griffon, Kraken, Triton, Faune et autres Dragons, toutes ces créatures sorties tout droit des mythologies grecques, nordiques et d’ailleurs sont rassemblées dans un univers où vous pouvez les rencontrer au coin de la rue ; avouons-le, c’est plutôt la classe.

Mais en tant que série à succès de jeux fantasy, DQ ne pouvait pas se priver de créer sa propre mythologie : ses propres dieux, mais surtout, ses horreurs sorties des tréfonds de l’enfer, qui pourraient détruire le monde en un instant mais que vous allez quand même vous farcir presque tout seul. Le scénario fait presque toujours intervenir des démons terrifiants face à des êtres assez loin du style Dieu-créateur-de-l’univers-et-des-petits-oiseaux mais dont on comprend facilement l’importance ou la puissance, et chaque épisode ajoute sa pierre au Panthéon. Du côté des monstres, c’est Mortamor, Nimzo, Rapthorne, Zoma, et plein d’autres atrocités qui veulent détruire le monde pour des raisons parfois aussi obscures que la déco de leur château ; mais le héros peut toujours compter sur l’aide des Célestilliens, du Dragon d’albâtre, d’Empyréa, qui veillent toujours depuis les cieux pour que tout se passe bien, un peu comme le faisaient – parfois – les dieux antiques.

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Et la série a même droit à son spin-off Pokémon où on peut créer soi-même ces dieux et ces démons. Paie ta perte de crédibilité.

 

Un film : Percy Jackson et le voleur de foudre / Percy Jackson et la mer des monstres

Pour expliquer rapidement, Percy Jackson est à la base une série de romans héroïc-fantasy jeunesse qui suit les aventures du héros éponyme, un adolescent du XXIe siècle qui découvre qu’il est le fils de Poséidon, le dieu grec de la mer et des tremblements de terre. Il rejoint ensuite d’autres adolescents demi-dieu, qui découvrent que les monstres de la mythologie grecque sont bien réels et que beaucoup en ont après eux ou après les dieux. La série est écrite par Rick Riordan, un auteur prolifique qui, après avoir trouvé le succès en pompant le Panthéon grec, s’est dit qu’il restait encore de la place pour des spin-offs sur les Romains, les Égyptiens, et même les Nordiques, toujours avec le même succès. Vous me direz « Le même succès ? Mais pourtant, il n’y a que la série Percy Jackson qui a été adaptée au cinéma, et seulement deux tomes ! », et je vous répondrai que ce n’est certainement pas la faute de Riordan si les films n’ont pas marché – en gros : les films sont de belles daubes.

Quand j’étais plus jeune, donc il n’y a pas si longtemps, j’adorais ces romans. L’identification au personnage principal devait beaucoup jouer, mais le mélange qu’il opérait entre le monde moderne et la mythologie grecque se révélait assez drôle et convaincant. Les aventures étaient prenantes, les personnages souvent intéressants et les dieux grecs eux-mêmes, qui étaient des personnages assez importants et récurrents, se prenaient rarement au sérieux, ce qui tranchait largement avec l’image qu’on avait d’eux dans leurs légendes respectives. Quant aux films… Je suis obligé d’en parler ?

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Pour être franc, le premier ne m’avait pas entièrement déplu – j’étais jeune, ne me jugez pas. Mon dernier visionnage remonte à trop loin pour me souvenir du jeu d’acteur – et je ne me forcerai pas à le revoir pour ce Geek Contest –, que j’imagine pas terrible. Ce dont je me souviens surtout, c’est que le film prenait quelques « libertés » par rapport au scénario original du livre : par exemple, il considère que celui qui a volé l’éclair de Zeus est bien Arès, sabrant ainsi toute la partie du livre où on se rend compte que Arès lui-même a été manipulé par le titan Cronos. Mais on sentait que ces décisions relevaient moins d’une volonté de cracher sur l’œuvre originale que d’une nécessité pour le film d’adopter un rythme plus resserré que le livre – et une fin plus compréhensible pour le spectateur qui n’a pas lu le livre et ne verra pas forcément la suite. Une adaptation qui ne vaut pas le roman, donc, mais qui n’était pas non plus à jeter aux oubliettes sans un regard.

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Puis vint la suite, adaptée du deuxième tome. L’acteur qui joue Percy change, sans autre effet que celui de faire baisser son charisme déjà très faible ; l’histoire se prend cette fois un bon coup de chevrotine, avec Percy qui bat Cronos – méchant ultime de la série de romans – à la fin du deuxième film. Rajoutez à ça une esthétique totalement dégueulasse, et vous comprendrez pourquoi aucune suite n’est prévue ! Aucun deus ex machina ne sera venu sauver ce film dans mon cœur, contrairement à son prédécesseur.

 

Une série : Yu-Gi-Oh !

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Bon, j’avoue, je ne suis pas très séries… Heureusement pour moi, il y a les animes ! J’imagine que tout le monde connaît Yu-Gi-Oh !, que ce soit par le manga, ou par son adaptation en série animée – c’est ce qui nous intéresse ici –, en jeu de cartes, en jeux vidéo… Je suis sûr qu’il en existe d’autres que je ne peux même pas imaginer. Résumons rapidement l’histoire : Yûgi Muto est un jeune collégien lambda, jusqu’au jour où il réveille les pouvoirs d’un artefact égyptien millénaire qui renfermait l’âme d’un ancien pharaon égyptien. Ce pharaon est aussi le meilleur joueur de Magic & Wizards au monde – normal, ce sont les égyptiens qui l’ont inventé ; ce qui ne servirait à rien dans notre monde, sauf que chez Yûgi, ce jeu de cartes est tellement important qu’on a lui construit des stades entièrement dédiés et qu’on organise des tournois sur des ballons dirigeables. Et le talent du pharaon ne sera pas de trop pour vaincre tous les malades qui vont se dresser sur leur route – patrons aux ambitions un poil trop hégémoniques, duellistes possédés par d’autres artefacts – et qui vont TOUS essayer d’imposer leur volonté… en battant tout le monde à M&W.

Vous vous en doutez sûrement, Yu-Gi-Oh ! baigne dans les références et l’esthétique mythologique/ divine. Le jeu de cartes utilise lui aussi des figures mythologiques aujourd’hui largement popularisées, au hasard les dragons ou les Sphinx, quand il n’utilise pas carrément les dieux eux-mêmes – comme avec Odin/Thor/Loki, Seigneurs des Ases dans l’édition Tempête de Ragnarok. L’anime clame ses inspirations de l’Égypte antique, qu’on retrouve parfois dans le chara design, mais il n’utilise quasiment pas les dieux et déesses de cette époque : à la place, il préfère installer lui aussi ses propres légendes, autour des artefacts du Millenium par exemple. A chaque saison, on découvre de nouvelles entités divines qui occupent toujours une place centrale, étrangement matérialisées dans un jeu de cartes pour enfants : les célèbres Dieux Égyptiens dans la série originale, le plagiat à peine inspiré des Bêtes Sacrées dans GX, les cinq Dragons de Yu-Gi-Oh ! 5D’s, le personnage de Astral dans Zexal… En même temps, quand tu joues un Dieu dans ton deck, c’est la classe – et ça donne envie aux enfants d’acheter les cartes, comme ça tout le monde est content !

 

Un livre : Les chaînes de l’avenir (Philip K. Dick)

Ça n’a pas été facile de choisir un livre, mais cette fois, c’était parce qu’il y avait trop de choix. J’aurais voulu parler des Légendaires, une bande dessinée française qui se déroule dans un monde fantastique où les dieux ont souvent une grande influence sur le parcours des héros ; ou bien de Fullmetal Alchemist, un des meilleurs mangas de tous les temps – de mon point de vue –, qui traite à la fois du divin et de l’humain avec beaucoup de talent, entre intrigues politiques et bastons magistrales. Mais comme les occasions de parler de mangas/BD ne manquent pas, je me suis dit que c’était l’occasion rêvée de parler de mon roman préféré, dans mon genre préféré, écrit par mon auteur préféré : Les chaînes de l’avenir, roman de SF écrit par Philip K. Dick.

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Comme souvent chez K. Dick, le monde a été unifié autour d’un seul gouvernement. Après des guerres idéologiques dont on devine encore les traces, il a été décidé de suivre les préceptes du relativisme absolu. Ce gouvernement, c’est le Relativisme : personne ne peut exprimer son avis comme une vérité, au risque d’enfreindre la loi suprême – « Si je vous dis que les olives ont un goût horrible, techniquement je viole la loi. » La plupart du temps, on suit Cussick, l’employé du système, le membre des service secrets tiraillé entre son devoir et son propre ressenti ; mais parfois, on suit Jones, le personnage-clé. Jones, c’est le grain de sable dans les rouages, c’est le caillou dans la chaussure. C’est l’Apocalypse qui viendra balayer le système qui veut avant tout garantir sa survie. Car Jones dispose d’un pouvoir unique, qui va à l’encontre de tout ce que le régime est censé promouvoir : Jones sait. Il sait ce qui va se passer. Dans une semaine, un mois, dans un an au maximum, sa prescience ne connaît aucune faille. Il affirme que le futur sera ainsi, et pas autrement, alors que la loi interdit de se prononcer sur ce qu’on ne peut pas savoir. Et face à un gouvernement largement impopulaire, qui peine à fournir la moindre explication à la population quand arrivent sur Terre d’étranges cadavres extraterrestres, les certitudes de Jones en font un héros pour la foule, un messie. Peut-être Dieu lui-même, qui sait.

Même s’il n’est pas le personnage principal, Jones est sans conteste le centre du roman, ainsi que le personnage le plus intéressant. Ses pouvoirs, au premier abord assez banals dans une œuvre de S-F, sont ensuite détaillés par K. Dick de manière originale pour en faire un personnage profond, pour lequel je me suis surpris à avoir de la compassion. Mais ce qui est le plus important chez Jones, c’est sa progression. Comment, de simple diseur de bonne aventure dans une foire, il est devenu pour la foule en colère un meneur spirituel, un prophète, puis un martyre, finissant par incarner la figure divine, et par provoquer le retour de la foi aveugle dans un monde qui avait pourtant tout fait pour s’en débarrasser. Comment, à travers lui, il a balayé Nietzsche et montré que les Hommes feraient tout pour ramener Dieu à la vie.

 

Un personnage célèbre : State Alchemist

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Bon, je sens que j’ai saoulé tout le monde avec mes histoires de relativisme et de messie, donc voilà quelque chose de moins sérieux ! Ceux qui connaissent State Alchemist – qu’on va abréger SA, parce que j’ai le droit – vont peut-être trouver ça tiré par les cheveux, mais je vais vous expliquer : SA est effectivement un dieu. Le dieu de la parodie, des jeux de mots, des doublages qui te font marrer avant même que le personnage ne dise quelque chose de drôle.

SA est un youtuber, mais d’un type particulier : un type qui poste (très) peu, mais qui poste (très) bien. Son œuvre majeure, celle qui l’a fait connaître et lui a ramené 20 millions de vues, c’est celle-ci : « Les Chevaliers du Zodiaque : La Série Abrégée », une parodie du manga culte dans lequel Seiya et ses camarades vomissent des hectolitres de sang pour protéger la déesse Athéna. Et ne croyez pas que j’utilise le terme « Dieu » à la légère, car non content d’être un couteau suisse de la parodie – il les écrit, les double et les monte lui-même –, ce mec a tout simplement réalisé les meilleures parodies que j’ai vues de toute ma vie, et je n’hésiterais pas une seconde à les placer au-dessus des sketchs les plus connus en la matière – comme ceux des Inconnus.

Cette série abrégée compte 13 épisodes qui couvrent toute la bataille du Sanctuaire, tous aussi hilarants les uns que les autres. Dans les deux premiers épisodes, même s’il paraît chercher ses marques dans le doublage, on sent déjà que SA maîtrise tout ce qu’il faut pour créer une parodie réussie : des personnages fortement caractérisés, une écriture qui colle parfaitement au scénario original tout en le rendant compréhensible pour ceux qui ne connaissent pas les Chevaliers du Zodiaque, des jeux de mots omniprésents et des scènes sérieuses qui se transforment en grand moment de fou rire. Et alors là, plus la série avance, plus on s’approche du Nirvana : voix hilarantes, blagues foireuses qui se mélangent au comique de situation et aux punchlines dignes de grands films d’action, le tout parsemé de références discrètes à la série originale qui feront plaisir aux initiés sans jamais perturber le plaisir du novice. Je pourrais vous en citer des tonnes, mais le mieux serait d’aller voir par vous-mêmes.

Il a également prouvé sa capacité d’adaptation en s’essayant à Bleach, toujours avec sa maestria légendaire, mais aujourd’hui, il se concentre sur des one-shot plus courts et basés cette fois sur des comics. Et pour ceux qui ne seraient pas convaincus, c’est aussi lui qui double les personnages de Yu-Gi-Oh ! dans cette vidéo du Joueur du Grenier :

 

En bref, cet homme a créé l’une des pierres angulaires du Web français. Une de celles que les fans – moi compris – ont plaisir à revoir chaque année, toujours avec la même euphorie. Une référence partagée par beaucoup même si on en parle assez peu. Allez la voir, c’est une mine d’or pur.


Et voilà, c’était tout pour ce Geek Contest ! Tu peux aimer, commenter, et surtout aller voir les autres participations sur le site Piece of Geek !

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